Six ans après sa dernière édition, Uganda International Fashion Week a signé son retour à Kampala avec une finale organisée le samedi 5 septembre 2026 au Kampala Serena Hotel. Le thème « Fashion for Impact » résumait l’ambition de cette édition : ne plus réduire la mode au spectacle, mais la présenter comme un secteur capable de créer des emplois, des entreprises et des trajectoires professionnelles.
Un retour pensé comme un projet économique
Fondée par la créatrice Santa Anzo, également à la tête d’Arapapa Fashion House, UIFW a remis au centre les questions de marché, de mentorat et de professionnalisation. L’organisation voulait connecter les jeunes créatifs à des partenaires, investisseurs, managers et mentors susceptibles d’accompagner leur développement après le podium.
Cette orientation est particulièrement importante dans les industries créatives africaines, où le talent est souvent visible mais reste insuffisamment relié à des circuits de financement, de production et de distribution. À Kampala, l’événement a cherché à rapprocher ces mondes.
Une affiche largement africaine
Le designer ougandais Lincoln Axarya a ouvert la finale avec son label AXARYA. Natasha Rubadiri de Natwe Fashion House, Joanita Nabasegera de Lulungi Couture, Dutah Muhangi Bomukama et Abbas Kaijuka figuraient également parmi les créateurs locaux présentés.
La programmation internationale comprenait notamment la Kényane Hellen Tolbert, la Nigériane Ikpen Yvonne Akwitti, la Ghanéenne Eunice Blessing, la Zimbabwéenne Danayi Madondo et la Sud-Africaine Kwenzi Nkomo. Le créateur indien Rahul Singh complétait cette ouverture internationale.
Des pièces vendues, pas seulement applaudies
L’un des éléments les plus intéressants de cette édition est commercial : selon Santa Anzo, les designers ont vendu les pièces qu’ils avaient présentées. Ce détail change la lecture d’une Fashion Week. Le podium devient alors une interface directe entre création et marché, et non uniquement une opération d’image.
Pour les écosystèmes émergents, cette capacité à transformer l’attention en ventes est déterminante. Une collection qui obtient des commandes permet au créateur de financer la production suivante, de rémunérer des artisans, d’améliorer ses outils et de structurer progressivement une entreprise.
L’inclusion intégrée à l’événement
UIFW a également intégré des personnes en situation de handicap et des réfugiés dans plusieurs métiers de la semaine de la mode, notamment le mannequinat, le design et la photographie. La mannequin sourde Mary Nakimuli a expliqué que cette expérience avait renforcé sa confiance et son intention de poursuivre le mannequinat professionnellement.
Cette dimension donne au thème « Fashion for Impact » une portée plus large : la création devient un outil d’insertion, de visibilité et d’autonomie économique pour des profils qui restent souvent éloignés des grands circuits professionnels.
Une leçon intéressante pour l’Afrique centrale
Le retour de Kampala offre un cas d’école pour le Gabon et l’Afrique centrale. Un festival de mode peut avoir une utilité économique réelle s’il associe podium, formation, marché, mentorat, inclusion et connexion avec les acheteurs. Le défi n’est donc pas seulement d’organiser de beaux défilés, mais de construire ce qui se passe avant et surtout après le défilé.
À l’heure où plusieurs plateformes africaines cherchent à professionnaliser leurs industries créatives, UIFW 2026 rappelle une évidence : la mode devient une industrie lorsque la créativité produit aussi des revenus, des métiers et des entreprises durables.
